World Tour 16 (Canada) : La machine à remonter le temps!

Je ne viens plus de Belgique……..   J’y vais!

Et oui, en arrivant sur le continent américain j’ai arrêté de m’éloigner du pays et au contraire je m’en rapproche! C’est une drôle de sensation de partir par l’Est et de maintenant me diriger vers la Belgique par l’Ouest…  De plus, j’ai fortement l’impression que le dernier mois et demi qu’il me reste va passer très vite! C’est toujours comme ça, au début on trouve que la date de retour est terriblement éloignée et puis à la fin on ne veut plus la voir se rapprocher. Je crois que ce qui est surtout une drôle de sensation c’est d’avoir trouvé la machine à remonter le temps! Et cette fameuse machine si recherchée c’est l’avion de la Pacific Airline qui m’a fait partir de Nadi, aux Fidji, le 7 mars à 22 heures et qui m’a débarqué de l’autre coté du Pacifique à Los Angeles toujours le 7 mars mais à midi! Et cela après 10 heures de vol… Ca c’est la magie de la  ligne de changement de jour qui traverse le Pacifique au  travers des Samoa. Je suis même arrivé à Vancouver 8 heures plus tard toujours avant de quitter les Fidji. Que doit-on dire quand on arrive à l’hôtel dans ce cas là quand la réceptionniste de Vancouver vous demande « Vous arrivez d’où? Le trajet a été long? ». Dans deux heures j’étais aux Fidji? Je serai à Nadi dans deux heures il y faisait très chaud? 

Bon, trêve de plaisanteries ce n’est pas bien extraordinaire et c’est juste une chouette particularité géographique. Mais il faut tout de même dire que pour un européen il n’y a pas énormément de raison de traverser cette ligne… Ce même avion m’a par contre bel et bien fait remonter le temps mais a destination d’une bien plus lointaine époque : la période glacière! Ou alors je me plante encore et je suis juste arrivé au Canada en plein hiver? C’est peut être bien possible mais alors je me demande bien quelle mouche m’a piqué au moment de réserver mon billet d’avion. Vu d’Europe, c’est peut être plus impressionnant de sauter d’un avion, d’aller voir un volcan en éruption ou de plonger avec les requins mais je pense que ce que j’ai fait de plus fou ces derniers mois c’est bien de venir me perdre en Alberta 2 jours après avoir quitté les Fidji! Oui, l’Alberta! Parce que Vancouver, qui est en Colombie Britannique, j’y ai plutôt bien survécu…. Mais l’Alberta! A l’heure où je vous écris ces quelques lignes je ne suis pas sur d’arriver à me sortir de cette province canadienne sans succomber à une pneumonie foudroyante! Tom voulais un peu de « goralisation » et ben voila il est servi.

Mais je reviens un peu avant les événements qui m’ont conduit ici et donc à mon arrivée à Vancouver. Vancouver, la plus grosse ville de Colombie Britannique à l’extrême Est du Canada, était encore une de ces villes que je trouve un peu mythique et que je rêvais de découvrir! Au même titre que l’étaient la Laponie, l’Amazonie, ou encore la Tasmanie, Vancouver ouvrait ma curiosité. Il faut dire qu’on ne connait pas grand chose de l’Est canadien en Europe si on n’a pas une bonne raison de s’y intéresser… Je suis donc arrivé au pays des caribous dans la nuit et c’est vrai que j’ai directement été saisi à la gorge par la température, mais ça ce n’était pas une surprise. Je m’attendais même plutôt à pire. Par contre j’ai vite compris que les touristes n’étaient pas accueillis de la même manière qu’en Océanie (et tout particulièrement aux Fidji). Ce n’est pas la sympathie qui étouffe les locaux ici! Et cette première impression n’a pas vraiment été renversée par la suite. Pour rejoindre le centre de la ville, il n’y avait plus que des bus classiques (pas de navette durant la nuit!). Et un gars de la circulation m’a si bien renseigné que j’ai fait la visite des parkings de l’aéroport avec mon sac sur le dos par la charmante température de 3-4 degrés. Rappelons que je venais de pas loin de 40 degrés « deux heures plus tard ». J’ai fini par arriver à mon backpacker vers minuit. A ce moment là, et  malgré mon polo, mon pull à capuche et mon K-W (mon sac est principalement rempli  de shorts et de t-shirts souvenirs du Vanuatu ou du Laos) j’ai vite compris que je ne pouvais pas vraiment me contenter de ça! J’avais un moment cru que je pourrais me débrouiller le temps de rejoindre la Californie avec ce que j’avais. Mais c’est vêtu d’une caisse en bois que je serai revenu si j’avais persisté!

Le lendemain, hormis m’acheter un polar canadien, j’ai donc consacré m’a journée à la visite de la ville. Ca m’a fait très plaisir de me retrouver dans une grande ville hivernale. J’ai même pris des photos des arbres sans feuilles et des grandes rues de style nord-américain. Vancouver est une ville très agréable mais c’est sa localisation qui me plait le plus. Du centre on voit les hautes montagnes qui entourent la ville. C’est aussi une porte d’entrée géniale pour les fjords et les grands espaces naturels de l’Est canadien. Mais étant donné que Cédric, un ami avec qui j’ai voyagé en Amérique du Sud, sera à Salt Lake City ce week-end, j’ai décidé d’accélérer mon séjour dans le coin afin qu’on ne se rate pas.

C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à « goraliser » comme dirait certains bons amis. Ayant tout de même encore 3 jours à consacrer au Canada je voulais « voir un peu du pays ». Et comme j’ai acheté un abonnement de bus de la bien célèbre compagnie Greyhound qui est valable pour deux mois sur tout le territoire canadien et américain, je me suis décidé à l’utiliser. Et comme un parc national à l’Est de la province de Colombie Britannique m’attirait beaucoup, j’ai  foncé!  Le Banff National Park est en fait situé en Alberta, juste à la frontière de la Colombie Britannique (mais ça je le savais). Ca me ferait 13 heures de car, mais ce serait à travers les paysages de forêts et de montagnes et au moins j’aurais vu a quoi ressemble cette province. J’ai donc discuté pendant bien longtemps avec le gars de la réception et on a trouvé le bus de 6h30 qui arriverait à 21h. C’etait un réveil très matinal pour l’état de fatigue dans lequel j’étais après le voyage mais ça devait en valoir la peine. Ce à quoi je n’avais pas pensé, c’est que ce coup ci je n’allais plus avoir droit à la machine à remonter le temps, mais bien à celle  à visiter le futur! Et surtout, surtout, que le gars de l’hôtel est un vrai crétin qui a fameusement fait empirer mon opinion sur les locaux!

A 5.30h je quittais donc l’hôtel dans la nuit de Vancouver sur laquelle tombait une neige épaisse. Je faisais encore bien un signe d’au revoir en direction de la réception et je notais une drôle d’expression sur le visage du gars qui est resté silencieux mais qui avait déjà compris! Je suis donc arrivé à la gare des bus avec une couche de neige sur la tête mais aussi avec un grand sourire pour demander mon ticket pour Banff dans le parc national du même nom. La dame a elle aussi tout de suite compris…. que je n’étais pas au courant du changement d’heure! Il n’était pas 6h05, mais la Colombie Britannique avait décidé d’avancer ses montres d’une heure en ce lundi matin et il était donc 7h05! Bien trop tard pour le bus de 6h30. Et le suivant était à 13h45….. Non seulement je me retrouvais bloqué à la gare pendant plus de 7 heures, mais en plus, la majeure partie de mon trajet allait se passer de nuit et j’allais donc beaucoup moins bien voir le paysage. Mais surtout, et c’est le plus embêtant, j’allais arriver à 4h15 à Banff! Un employé de chez Greyhound m’a alors dit que je ferais mieux de prendre carrément celui de 18h, ainsi j’arriverais à 8h45. Il a ajouté (en anglais) :  » Il fait très froid là-bas. Et le bureau de la compagnie sera fermé… ». Pour l’info (et pour bien visualiser), à Banff il y a 15.000 habitants, ce n’est donc pas vraiment le centre du monde. 

Comme si c’était de débarquer en pleine nuit dans un peu de froid qui allait m’effrayer! Je l’avais bien fait à Vancouver la nuit précédente. J’avais bien dormi  dehors en Allemagne par presque 0 degré le jour où je revenais du Mali. Et j’avais même dormi à la belle étoile, installé sur la neige,  sous le soleil de minuit de Laponie! Il ne savait pas à qui il parlait celui-là!!!! ……….. Et moi je ne savais pas que je parlais à un canadien qui connais un peu mieux son pays que moi!

J’ai donc débarqué à Banff à 4h du matin face à un mur de neige et le bus est ainsi reparti. Je me suis retourné et  à part quelques lumières du village je ne voyais que le bureau de la gare des bus fermé et noir! En posant le pied hors du bus j’ai été glacé instantanément. Et lorsque la lumière des phares du bus a disparu au loin, j’ai compris que je n’aurai pas du! A ce moment là je n’avais aucune idée de la température, mais je savais que ce n’était pas du même ordre de grandeur qu’à Vancouver. On était plus bas! Et même beaucoup plus bas… Je n’avais même pas une paire de gants et tout ce que j’avais de chaud était sur moi. Il fallait trouver un endroit pour me refugier ou j’allais me transformer en glaçon très rapidement. Je ne pouvais déjà plus bouger mes doigts que j’avais enfoncés dans ma poche. Il n’était même plus question de prendre la carte du village dans le Lonely Planet, je n’aurais pas pu tenir le livre. Je n’avais pas trop le choix: j’ai mis mes mains dans mon slip et j’ai marché avec mon sac sur le dos.  J’avais repéré dans le bus qu’il y avait un hôpital pas très loin du terminal. Je me suis donc dit que j’y trouverais peut être refuge. Je ne savais pas trop comment arriver à mon backpackers et surtout j’imaginais mal quelqu’un debout pour m’accueillir. La première maison que j’ai vue était le petit hôtel de police et il y avait l’air d’y avoir une permanence. J’ai continué mais je me suis dit qu’au pire j’y reviendrais. Puis quelques centaines de mètres plus loin, en face de l’hôpital, j’ai trouvé ce que je n’attendais pas : une station service 24h/24. On m’a indiqué le chemin du backpackers mais on ne m’a même pas demandé si je voulais me réchauffer. Je lui ai demandé « combien fait-il dehors? » et il m’a répondu « il doit faire quelque chose comme -30! » -30 vous avez bien lu. Il y a bien un moins devant le 3. Samedi soir j’étais aux Fidji par 40 et dans la nuit de lundi à mardi j’etais à Banff par -30. J’avais pris une différence de 70 degrés dans les gencives et je n’avais même pas une paire de gants! 15 minutes plus tard, c’est congelé que j’ai trouvé l’hôtel. Et à ma grande surprise un gardien de nuit m’a laissé entrer et m’a même fait m’installer dans une chambre. Un dortoir pour moi tout seul! Je n’ai jamais été aussi heureux  d’entrer dans une chambre. Et si au départ je me disais que j’allais économiser une nuit d’hôtel grâce au bus de nuit, à ce moment j’aurais même payé 200 euros pour une chambre!

 J’ai dormi 3 heures et je me suis levé tôt pour profiter de la journée! Si j’avais fait tout ce chemin, c’était pour skier dans les Rockies Mountains! Je n’avais jamais skié hors d’Europe, et j’avais vraiment envie de tenter l’expérience dans une des plus belles chaine de montagne au monde. Mais j’avais bien compris que ce n’était pas avec mon jeans et mon K-W que j’allais y aller. J’ai donc loué tout le matériel habituel, plus un pantalon et une veste chaude. J’ai aussi acheté une grosse paire de gants et une cagoule. Et à 10 heure j’étais en route pour la station de Lake Louise. Un froid pareil est inhabituel ici pour la saison! Ce n’est pas moi qui était complètement con mais c’est aussi la faute de la météo qui est partie en vrie ce 10 mars. D’ailleurs presque toutes les remontées mécaniques étaient fermées pour cause de trop gros froid. J’avais déjà vu des pistes fermées à cause du vent, de la neige, de la glace ou de risques d’avalanche, mais jamais parce qu’il fait trop froid! Il a fait -32 degrés ce matin! Et pourtant j’ai eu une journée magnifique!!! Le ciel était d’un bleu parfait et le soleil tapait… Le paysage était grandiose. Je skiais en « buvant » le paysage et les vues sur les énormes forêts de sapins canadiens et les montagnes impressionnantes des rocheuses! Quel plaisir de retrouver la sensation de skier et d’autant plus dans un tel cadre. Je m’arrêtais tout le temps pour prendre des photos, ce qui n’était pas facile étant donné les conditions. Car si je passais un super moment sur les pistes, toutes les couches possibles que j’avais n’arrêtaient pas le froid. J’étais frigorifié en plein soleil! Les photos que vous voyez dans l’album Canada sont chacune synonyme d’un moment de torture. Sortir ma main du gant me donne la chaire de poule rien que de le relater par écrit! Mon appareil photo m’a d’ailleurs bien fait comprendre qu’il n’aimait pas trop ma façon de voyager lorsque il s’est congelé avec l’objectif ouvert et qu’il ne voulait plus se fermer!

Quoi qu’il en soit, l’expérience du ski dans les Rocheuses valait bien tous ces moments un peu difficiles. Au moment où je vous écris, je suis dans le backpacker avec 3 pulls et de la buée sort de ma bouche. Demain je me dirigerai vers les Etats-Unis, mais pour le moment le trajet que je vais emprunter pour passer la frontière est encore un mystère car Greyhound a fermé la ligne entre l’Alberta et le Montana. Il me faut donc trouver un autre moyen ou alors je vais devoir repasser par Vancouver (c’est juste un détour de 30 heures de bus). 

Le ski dans les Rockies canadiennes ça me fera incontestablement des souvenirs!

Froidement, très très très très froidement, je vous dis à bientôt.

Goral,

 

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6 Responses to World Tour 16 (Canada) : La machine à remonter le temps!

  1. Weerts dit :

    Tout le portrait de son père: skier par moins 32°!N’oublie pas qu’il y a des montagnes et des pistes de ski autour de Salt lake City et puis le lac salé et sa piste de records de vitesse. En fait rien à voir à Bonneville sauf une étendue de sel blanc. Tout à côté, Wendover est divisée en 2: Névada à l’ouest avec hôtels bons marché dans les casinos et Utah à l’est un poil plus rigoriste. Bonne route

  2. Gobi dit :

    Hehehe j’ai apprécié la goralisation du voyage!

  3. Thomas (Bols) dit :

    Extraordinaire Goral ! Je ne suis pas le plus fidèle de tes lecteurs mais à la lecture de ce chapitre je le regrette, crois-moi !!!

    Merci pour tes récits !

  4. Tom dit :

    « Tabernouche mon goral! tu m’as fait capoté bin raide », comme on dirait à l’autre bout du Canada!

    Goral un jour, Goral toujours, change pas!

  5. Geoffrey dit :

    Goral ! J’avais beau connaître la fin avant de commencer à lire ce post, je n’en reviens toujours pas de la Goralisation avec un grand G que tu nous présentes…

    C’est incontestable, tu ne dois pas voyager seul ! Cela ne te serait jamais arrivé en Thaïlande, en Australie ou dans le sud de la Nouvelle-Zélande, évidemment ! 😉

    Cédric, Rémi, et les autres qui vont encore croiser Goral lors de son voyage, faites en sorte qu’il revienne ! Mais pas trop quand même, car il faut bien avouer qu’il nous fait bien rire avec ses aventures, notre bon vieux Goral !

  6. regine dit :

    tu nous fait de vrai kerouac!
    bisous

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